21/05/2026
L’Agence de la transition écologique, plus connue sous le nom d’ADEME, affiche ouvertement son opposition au projet de rapprochement avec les directions régionales de l’environnement, de l’aménagement et du logement (Dreal) porté par le gouvernement. Une position forte qui révèle les tensions croissantes autour de l’organisation des politiques publiques de transition écologique en France.
Réuni mardi 19 mai, le conseil d’administration de l’agence a voté contre les dispositions du projet de loi présenté par l’exécutif. Selon les informations relayées par l’AFP, 15 des 28 administrateurs ont adopté une résolution demandant explicitement le retrait des mesures concernant l’Ademe. L’agence estime qu’un rapprochement avec les Dreal risquerait d’affaiblir son autonomie, sa capacité d’expertise ainsi que son efficacité opérationnelle dans les territoires.
Ce désaccord intervient dans le cadre d’un projet de loi présenté par le gouvernement le 16 avril 2026, visant à « renforcer l’État local, articuler son action avec les collectivités territoriales et sécuriser les décideurs publics ». Examiné par le Conseil d’État le 7 mai, le texte doit être présenté le 20 mai en Conseil des ministres avant son examen au Parlement.
L’article 7 du projet prévoit notamment un rapprochement entre les délégations régionales de l’Ademe et les Dreal, services déconcentrés de l’État chargés de mettre en œuvre les politiques environnementales, d’aménagement et de logement au niveau territorial. Pour les défenseurs de la réforme, cette évolution permettrait de simplifier l’action publique locale et de renforcer la coordination des acteurs de la transition écologique. Mais pour l’Ademe, cette logique de rationalisation administrative pourrait se traduire par une dilution de son rôle spécifique et de son expertise technique.
Créée en 1992, l’Ademe s’est imposée comme un acteur central de la transition écologique française. L’agence accompagne chaque année plus de 8 000 projets sur l’ensemble du territoire, aussi bien dans les zones rurales qu’urbaines ou en outre-mer. Son rôle couvre des domaines variés : transition énergétique, décarbonation industrielle, gestion des déchets, mobilité durable, rénovation énergétique ou encore économie circulaire.
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En 2025, l’agence a mobilisé près de 2,8 milliards d’euros de subventions à destination des collectivités territoriales et des entreprises. Cette capacité d’intervention financière et technique explique en partie les inquiétudes suscitées par le projet de rapprochement avec les Dreal. De nombreux élus locaux et acteurs économiques considèrent en effet l’Ademe comme un opérateur de proximité, capable d’accompagner concrètement les projets territoriaux grâce à une expertise spécialisée et indépendante.
Le contexte récent renforce également les tensions entre l’agence et le gouvernement. Fin avril, le Premier ministre avait demandé la dépublication du guide « Demain mon territoire », élaboré conjointement par l’Ademe et l’Office français de la biodiversité. Ce document proposait pourtant 23 fiches thématiques destinées à accompagner les collectivités dans leurs démarches de transition écologique, énergétique et environnementale.
L’Ademe souligne par ailleurs que son fonctionnement n’a pas été remis en cause par les contrôles de l’État. Une mission conduite au printemps 2024 par l’Inspection générale des finances avait au contraire dressé un bilan favorable de l’agence. Le rapport mettait en avant une gestion jugée satisfaisante, des coûts maîtrisés et des rémunérations inférieures de 25 % à celles observées dans le secteur privé.
Pour de nombreux observateurs, la réforme envisagée soulève donc une question de fond : comment améliorer la coordination de l’action publique sans fragiliser des opérateurs spécialisés considérés comme essentiels à la mise en œuvre de la transition écologique ? Le débat parlementaire à venir devrait cristalliser cette opposition entre volonté de rationalisation administrative et préservation d’une expertise technique de terrain reconnue depuis plus de trente ans.
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